Assemblée Nationale : séance du mercredi 31 octobre
2007
Projet de loi de finances pour 2008 (seconde partie).
Extrait de séance
Immigration, asile et intégration
La parole est à M. Frédéric Cuvillier en réponse à M. Brice HORTEFEUX : ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale
et du Codéveloppement.
M. Frédéric
Cuvillier. Permettez-moi tout d’abord, monsieur le ministre, d’exprimer la
surprise qui est la mienne d’entendre en ces lieux des interventions qui donnent une image idyllique de votre politique d’immigration. La réalité en est bien éloignée et traduit plutôt un échec
tant pour le contrôle et l’accueil que pour l’intégration. Noël Mamère y a fait référence et Manuel Valls en parlera certainement dans quelques instants.
Pour illustrer cet échec, je tiens à souligner combien sont nombreuses les collectivités qui se trouvent confrontées à l’arrivée massive de populations
roms. Ce phénomène s’accroît chaque mois. Leur présence pose d’innombrables difficultés.
Le plus souvent, ces populations
s’installent dans des lieux dépourvus de toutes commodités, notamment sanitaires.
Ces groupes, formés aussi d’enfants en
bas âge et de femmes enceintes, arrivent totalement démunis, dans des conditions juridiques incertaines : les Roms de la nationalité d’un État de l’espace Schengen bénéficient de la libre
circulation, pas ceux de la nationalité d’un État hors Union Européenne et hors espace Schengen, et les ressortissants de certains pays comme la Roumanie, régie par un accord international,
bénéficient de conditions de circulation à peu près similaires à celles applicables aux ressortissants des États membres de l’Espace Schengen durant une période de trois mois. En revanche, les
conditions requises pour bénéficier de cette libre circulation, des moyens de subsistance et l’objet du déplacement, manquent le plus souvent.
Leur présence pose de très délicats problèmes humanitaires : hygiène, état sanitaire, absence de scolarisation des enfants. Elle est par ailleurs souvent à
l’origine de tensions avec les populations locales, du fait, notamment, de la généralisation de la mendicité, parfois active.
Les municipalités sont confrontées à des situations extrêmement difficiles à gérer, et la responsabilité des élus est engagée. Ils doivent assurer des conditions d’existence humaines
sans prendre le risque de figer cette population sur le territoire et de créer de fait des camps ingérables et pérennes.
L’entrée sur le territoire français des Roms dépasse largement la compétence des collectivités locales, d’autant que leur situation est un sujet sensible, notamment en Roumanie et
dans l’Europe des migrations. Par ailleurs, l’initiative de certains eurodéputés d’organiser une conférence spéciale sur les Roms durant la présidence slovène de l’Union ne reçoit qu’un écho très
limité, notamment de la part de la France. Comme Mme Pau-Langevin, nous espérons que le Gouvernement prendra des initiatives très marquées en faveur du codéveloppement, en direction
notamment de la Roumanie. L’hiver arrive et la situation ne peut perdurer.
Je suis maire de Boulogne-sur-Mer, et j’ai peu
apprécié la façon dont vous mettiez en cause mon témoignage sur Sangatte. Je suis à quelques dizaines de kilomètres de Sangatte, je vois au quotidien les conséquences des politiques d’abandon de
l’État. Les conséquences humaines sont dramatiques. Elles sont en totale opposition avec la version officielle qui affirme que le problème serait réglé alors que dans les faits, n’en déplaise à
l’ancien ministre de l’intérieur devenu Président et peut-être à vous-même, elle ne fait que s’aggraver. Le Gouvernement s’obstine à détourner son regard de la réalité, un peu comme un malade qui
casse le thermomètre pour prouver qu’il n’a plus de fièvre.
Le problème des Roms connaîtra-t-il le même
traitement qui consiste à jeter un voile pudique sur la réalité, à l’occulter et à laisser les autorités locales et leurs populations seules, sans moyens, essayer d’y faire face ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
M. le président. La parole est à M. le ministre.
M. le ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement. Monsieur le député, la question des Roms est un sujet très sensible, tous les gestionnaires locaux le savent. C’est aussi un motif d’inquiétude pour la population concernée par leur
présence.
Avec l’aide de nombreuses associations humanitaires, et grâce à l’aide au retour humanitaire, gérée
par l’ANAEM, dont j’évoquais le rôle tout à l’heure, nous nous efforçons de les encourager à repartir dans leur pays.
Est-ce totalement satisfaisant ? Naturellement non. On peut progresser. Il y a tout de même une évolution intéressante. En 2007, le nombre des bénéficiaires de l’aide au retour
humanitaire va sans doute tripler par rapport à 2006, passant très probablement de 300 à plus de 900.
Mme George
Pau-Langevin. Ça ne sert à rien, ils peuvent
revenir !
M. le ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement. Vous avez raison, mais c’est la conséquence des textes communautaires.
Aujourd’hui, lorsqu’ils sont
interpellés, le motif du retour dans le pays d’origine, c’est l’absence de justification de revenus. L’aide au retour humanitaire, qui n’a rien à voir avec l’aide au retour aux immigrés
clandestins autres que communautaires, est de l’ordre de 150 euros à peu près. Ils risquent donc naturellement de revenir dans notre pays. Les reconduites se font d’ailleurs généralement
dans d’assez bonnes conditions. Il n’y a pas de drames humains. Cela dit, ce n’est pas totalement satisfaisant. Nous allons désormais utiliser tous les systèmes biométriques, ce qui permettra de
mieux identifier les gens et sans doute de mieux suivre les parcours.
C’est une préoccupation pour les populations, vous avez raison. Elle s’exprime assez largement. C’est la raison pour laquelle nous devons
l’appréhender de la manière la plus humanitaire possible, avec les collectivités locales bien sûr, et qu’existe ce dispositif.
Concernant Sangatte, je n’ai naturellement pas voulu vous mettre en cause. Je comprends très bien. Vous êtes dans l’opposition et le parti
pris de départ, c’est de dire que ce n’est pas satisfaisant.
M. Frédéric
Cuvillier. Je suis témoin de ce qui se
passe.
M. le ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement. Depuis de nombreuses années.
M. Frédéric
Cuvillier. Bien sûr !
M. le ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement. La réalité s’impose. Il y avait 3 000 personnes à l’époque…
M. Frédéric
Cuvillier. Ils sont dehors !
M. le ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement. …et, aujourd’hui, ces flux se résument à 150. Cela ne veut pas dire que tout est réglé mais c’est un progrès.
M. Frédéric
Cuvillier. Prenez l’autoroute A 16 ! Vous les croiserez,
vous verrez qu’ils ne sont pas 150 !
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