Hommage à Maryse
C’est, marqués par la plus profonde des tristesses, empreints de cette effroyable douleur, qui depuis vendredi et l’annonce de la disparition de Maryse s’empare de nous, que nous nous réunissons
nombreux aujourd’hui.
Il ne s’agit pas pour nous, Maryse, de te rendre un dernier hommage, car nous aurons à cœur, jour après jour, au détour de chacune de nos actions et de chacun de nos gestes, par nos pensées, par nos réalisations, de te rester fidèles.
Nous sommes nombreux près de toi, autour de ta famille, amis, élus, responsables d’associations, représentants institutionnels, citoyens et citoyennes, nous sommes nombreux pour te témoigner notre amour, notre amitié, notre reconnaissance pour ton action à nos côtés.
Et si nous sommes aussi nombreux depuis vendredi à échanger notre tristesse, notre malaise, dans notre ville comme étourdie par cette terrible nouvelle, c’est parce que, avec tous, tu avais partagé un moment de ton existence.
Car combien de personnes dans la souffrance n’as-tu pas aidées ?
Pour combien de citoyens dans la détresse n’as tu pas agi ?
Combien de causes des plus justes n’as tu pas défendues ?
C’était cela ton existence, c’était cela ta raison d’être. Aujourd’hui, nous nous arrêtons pour te regarder pour retracer ce que tu as fait, pour rassembler les innombrables souvenirs, et, de ce moment d’intense communion, jaillissent tant de leçons, tant d’exemples à suivre...
Femme de solidarité, Maryse était ennemie de tout égoïsme. Il n’y avait pas pour elle de petites causes, de petites peines. Chacune et chacun devaient pouvoir bénéficier de la même attention. Chacun avait la même dignité. Car la détresse des gens l’insupportait. Maryse ne se contentait pas de tendre la main, elle allait bien au delà, suivant dans le temps les personnes dont elle s’occupait, les entourant de conseils, de recommandations ; elle leur traçait le chemin à suivre pour se reconstruire en n’hésitant pas, parfois, à se montrer un peu rude, pour mieux aider chaque membre des familles qu’elle apprenait à connaître. Elle savait écouter, elle savait aussi parler aux personnes en difficulté avec respect et sans les blesser.
Il arrivait souvent qu’au détour d’une conversation elle me donne des nouvelles de telle ou telle famille ou personne qui, plusieurs années auparavant avait été victime d’un drame de la vie et que nous avions soutenu. C’était une femme attentive à son prochain.
Ce qui était vrai de sa vie publique l’était aussi dans sa vie privée. Nombreux sont ses amis qui peuvent témoigner de son écoute, de son aide, de son dévouement.
La dignité qu’elle donnait à son action, c’était la grande pudeur dont elle entourait tous ses actes, tous ses gestes. Maryse était une femme sincère. Sincère dans ses engagements, sincère dans ses actions. Elle ne tirait aucune gloire de son rôle d’élue, c’était, au contraire pour elle, une exigence supplémentaire d’agir pour la population. Elle n’était là ni pour plaire ni pour se faire aimer, elle était là avant tout pour agir et pour aider en toute simplicité. Elle voulait être utile.
Maryse était honnête, franche et directe; elle détestait le mensonge sous toutes ses formes et la rouerie. Souvent elle exigeait qu’on lui parle en vérité. Elle savait la société imparfaite, souvent égoïste ; elle connaissait les travers des personnes. Loin d’en être désabusée, elle n’en tirait que plus de force. C’était la preuve pour elle que son action n’était pas terminée...
Maryse était une femme discrète voire secrète mais engagée et militante. Elle était de toutes les manifestations et de tous les combats. Combats pour plus de justice, pour une plus grande solidarité, combats pour les valeurs des droits de l’homme.
Choquée par certaines méthodes, elle rejoignit, après avoir été longtemps une militante de l’ombre, le Parti Socialiste en 1989 après la défaite des élections municipales. Car c’était bien elle, s’engager aux moments les plus difficiles, au moment où chaque geste compte pour marquer sa fidélité et construire l’avenir, dans l’adversité.
Ce qu’elle attendait des autres, la vérité et la sincérité dans l’action, elle le mettait dans ses engagements. Aux côtés de Guy LENGAGNE, elle devint conseillère municipale d’opposition en 1995, puis à l’occasion de l’élection municipale de 1996, elle devint Adjointe au maire, Vice-Présidente du C.C.A.S. Elle reçut également la responsabilité de nos aînés, auprès desquels elle s’impliquait particulièrement. Ces délégations, elle les garda 10 années durant, jusqu’à sa disparition.
Marquée par l’abandon des personnes notamment les plus âgées, elle avait entrepris d’agir. Je me souviens de son initiative en direction de toutes ses personnes qu’elle savait seules dans les quartiers ; elle ne pouvait supporter l’indifférence de la société, et elle avait entrepris, dans chaque quartier de la ville, d’organiser des après-midis de rencontres festives pour nos aînés pour les aider à mieux se connaître. Ce fut une troublante réussite.
Elle avait également la charge dans la ville des espaces verts et des cimetières. Dans chacune de ses missions elle mettait de l’engagement et du cœur. Surprenante dans ses initiatives, elle démontrait toujours par les faits et par ses succès qu’elle était dans le vrai et qu’il fallait lui faire confiance.
Nous en parlions encore hier soir, cher Guy LENGAGNE, Maryse qui avait œuvré à vos côtés, puis aux miens, en qualité d’adjointe, était véritablement une élue d’exception, toujours à la tâche ! C’était une précieuse collaboratrice sur laquelle, à toute heure de la journée, ou de la nuit - lorsque des sinistres se produisaient dans la ville - on pouvait compter.
Nous perdons aussi, je perds, une amie des plus sincères, des plus proches. Une amie qui me parlait sans détours, qui me faisait part de ses craintes, de ses inquiétudes, et qui entendait par un mot, un conseil, me mettre en garde ou m’alerter, Maryse était précieuse. Parfois elle entrait à pas feutrés dans mon bureau de peur de me déranger, nous échangions quelques mots et lorsque nous n’étions pas d’accord, elle restait sur sa position, mais me lançait un regard avec une petite pointe de malice une petite lumière dans l’œil… Cela s’appelait simplement de la complicité.
Maryse, samedi matin, nous devions présider ensemble l’assemblée d’une association caritative pour laquelle tu avais œuvré. Il m’a été remis une médaille avec ces quelques mots gravés... quelques mots qui te caractérisent tant : « tout ce qui est humain est nôtre »...
Maryse, nous te resterons fidèle par la pensée comme tu l’as été par ton action.
Frédéric Cuvillier
20 novembre 2007
Décès de Maryse LATOUR
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